Recherche avancéeRecherche tout champNouvelle recherche Page d'accueil  

   
Titre :
Compositeur(s) et-ou auteur(s) :
Interprète(s) :
Qualité(s) ou établissement d'exercice :
Année d'enregistrement :
Instruments :
Marque de fabrique, label :
Format :
   
Retour au tableau des résultats

22 résultats trouvés

Précédent 1 5 22 Suite droite

 
Titre :Café-cognac
Compositeur(s) et-ou auteur(s) :Chavat, Louis ; Girier, Ambroise
Interprète(s) :Miller, Gabriel
Fichier audio :Cliquez pour écouter
Photo(s) :Photo
Support d'enregistrement :Disque
Format :30 cm aiguille (enregistrement acoustique)
Lieu d'enregistrement :Paris, France
Marque de fabrique, label :Lutetia
Numéro de catalogue :F3221
Date de l'enregistrement :1909—1910
Instruments :orchestre acc.
État :Exc++
Vitesse (tours/minute) :74,4
Matériel employé au transfert :Garrard 401, SME 3012, pointe 1,5ET sur Stanton, Elberg MD12 : courbe flat, passe-bas 5kHz, Cedar X declick, decrackle, dehiss
Date du transfert :25-06-2014
Commentaires :Dialogue de concierges. Alcoolisme, maladie, médecin, syphilis, prostitution, pharmacien, sinapisme de Rigollot, drame social d'Eugène Brieux
Texte du contenu :Café-cognac
de Louis Chavat et Ambroise Girier

[parlé]
Il est deux heures, la concierge du 28 est en train de prendre son café lorsqu'on frappe à sa porte. C'est la pipelette du 24.
- Hé, bonjour M'ame Babinasse
- Bonjour M'ame Pastillac, est-ce que j'vous dérange ?
- Mais du tout M'ame Babinasse, et qu'est-ce qui me vaut l'horreur de votre visite ?
- Mais rien, mon ouvrage était finite, j'm'embêtais, alors que j'm'ai dit comme ça, allons donc bavasser un peu avec M'ame Pastillac !
- À la bonne heure, ça c'est une idée génitale !
- Eh ! ben qu'est-ce que vous dites de cette pluie qui n'arrête pas ? On s'croirait au temps du père Noé !
- Ben ça m'étonne pas, mon baromètre est à la pluie depuis hier.
- Mais vous auriez dû l'rentrer, y va tout s'mouiller, ah! ah !
- Ah ! toujours farce M'ame Babinasse, mais assistez vous donc !
- C'est pas d'refus, j'ai des douleurs asciatiques qui m'coupent la respiration.
- C'est-y Dieu possible ?
- Mais comme je vous l'dis !

[chanté]
Ah ! Ma bonne Madame Babinasse,
J'ai du café tout frais qui passe
Ah ! Ma chère Madame Pastillac
J'crains bien qu'ça m'fatigue l'estomac
Vous n'en prendrez rien qu'une petite tasse
J'accepte avec une larme de cognac.

[parlé]
- Faut pas que j'fasse comme Monsieur Latrogne, le locataire du cinquième, qui vient de mourir de la goutte à force d'en boire !
- C'est-y d'ça qu'il est parti ?
- Mais probabe ! Il était alcoolitre au quatrevingt-dixième degré, mais paraît qu'sans ça il aurait vécu centenaire !
- Centenaire, mais qu'est-ce que c'est qu'ça à côté des Rotschild qui vivent tous millionnaires ?
- B'en oui, mais pour vous finir, v'là-t-y pas qu'y a queque temps il est tombé chez lui et il est resté deux heures sans connaissance.
- Ah ? Où donc qu'elle était ?
- Qui ça ?
- Mais sa connaissance !
- Mais non, meu non ! Je veux dire qu'il était évanouillé; enfin dernièrement il est tombé dans la rue d'une parallélysie scélébrate, quand qu'on l'a ramené chez lui il était sans blanc.
- Oh ! Mais sa pauv'femme a dû êt' désolée !
- Probabe ! Il s'était fendu l'front au d'sus d'l'alcade souricière.
- Allons donc !
- Mais oui M'ame Pastillac ! Même que ça a fait un grand vide dans la maison, pensez donc, lui qui était toujours plein !
- C'est-y Dieu possible ?
- Mais comme je vous l'dis !

[chanté]
Ah ! Ma bonne Madame Babinasse,
Vaut mieux qu'un homme comme ça trépasse
Ah ! Ma pauvre Madame Pastillac
L'alcool l'a bien fichu dans l'lac
Vous en prendrez bien encore une tasse
J'accepte avec un verre de cognac.

[parlé]
- Dites-moi M'ame Pastillac, vous avez su qu'la cocotte du treize avait dévissé aussi ?
- Mais non M'ame Babinasse, de quoi était-elle donc atteint ?
- Ah ! C'est toute une histoire ! C'était une ancienne chanteuse qui avait fait un engagement en Russie, à 400 francs par mois. Et quand elle est revenue au bout d'un an, elle avait colonisé soixante-cinq mille francs, sans compter les bijoux, les perles et les diamants. Ah, il y avait une broche avec un gros saphir dans l'milieu et des émerhoïdes tout autour !
- Ça a t'y d'la veine tout de même ces gourgandines-là !
- Ah ! M'en parlez pas ! Et puis elle a z'acheté un vieux château hystérique à la Garenne-Bezons, y paraît qu'c'était immense, y avait un p'tit bois et un ruisseau au bord d'un képri.. de, d'un pré qui pisse, oui, oui, oui, comme qui dirait la chute du Nianagras. Enfin pour vous en finir, un soir avec son Monsieur, ils avaient été voir jouer une pièce de Monsieur Brieux* au théâtre des Avariétés; v'là qu'en rentrant elle était tellement mal qu'on m'a fait lever pour aller chercher l'médecin.
Il arrive, il lui tâte les poux, il l'esculte, enfin à force d'écouter c'qui s'passait dans sa poitrine, il a dû entendre quéque chose, car y m'a dit en partant qu'elle pourrait bien avoir un concert dans l'estomac. Il lui a fait mettre de la peinture d'idiot** dans l'dos, et il a dit qu'elle devrait essayer d'se coller un gigolo*** sur le ventre !
- Ah ! Mais ça a dû lui faire du bien !
- Mais non ! Elle a tellement souffri pendant la nuit qu'on a été obligé d'lui faire des piqûres à la machine****. Enfin, l'lendemain quand elle s'est réveillée elle était morte.
- C'est-y Dieu possible ?
- Mais comme je vous l'dis !

[chanté]
Ah ! Ma bonne Madame Babinasse,
Les grues ont souvent d'mauvaises passes !
Ah ! Ma pauvre Madame Pastillac
Ça finit toujours par un crac !
Vous en prendrez bien une dernière tasse
J'accepte avec le restant d'cognac.


- - -
Notes :

* "une pièce de Monsieur BRIEUX au théâtre des Avariétés" :
Eugène BRIEUX (1858-1932) fut un auteur dramatique, académicien, qui mit en scène de nombreux drames sociaux. L'une de ses pièces de théâtre : Les Avariés, traitait d'un sujet tabou : la syphilis. (avarié= syphilitique). Elle fut censurée et interdite en France en 1901, avant de connaître le succès en Suisse, en Hollande, en Scandinavie et d’être enfin jouée à Paris en 1905.
Pour un auditeur de l'époque, le jeu de mot de M'ame Babinasse fait sans doute double écho.

** peinture d'idiot = teinture d'iode

*** gigolo remplace ici un médicament bien connu de l'époque : le cataplasme, ou sinapisme, de Rigollot

**** des piqûres à la morphine



Montrer l'autre transfert audio du même document, ou montrer la face associée

Permalien : http://www.phonobase.org/9973.html

  Recherche avancéeRecherche tout champNouvelle recherche Page d'accueil